Histoire de la Suisse
Origines de la Confédération
Le Pacte fédéral conclu en 1291 entre Uri, Schwytz et Unterwald constitue l'acte fondateur auquel la Suisse rattache son existence. Ces communautés alpines s'engagent à s'assister mutuellement face aux prétentions des Habsbourg. Les victoires de Morgarten en 1315 et de Sempach en 1386 confirment cette autonomie et attirent d'autres villes et vallées dans l'alliance. Au fil du XVe siècle, la Confédération des huit puis des treize cantons devient une puissance militaire redoutée, dont les mercenaires servent dans toute l'Europe.
Fin de l'expansion et fracture religieuse
La défaite de Marignan en 1515 met un terme à l'expansion territoriale des Confédérés au sud des Alpes. Les cantons renoncent progressivement à une politique extérieure commune et se replient sur la défense de leurs frontières. La Réforme creuse ensuite une division durable. Zwingli prêche à Zurich, Calvin fait de Genève un foyer du protestantisme européen, tandis que les cantons primitifs restent catholiques. Cette fracture confessionnelle traverse plusieurs guerres intérieures et façonne encore la carte religieuse du pays. Les traités de Westphalie de 1648 consacrent la séparation juridique de la Confédération et du Saint Empire.
Rupture révolutionnaire
L'invasion française de 1798 balaie l'ancien régime cantonal et impose la République helvétique, un État centralisé étranger aux habitudes locales. L'expérience échoue rapidement. L'Acte de médiation de 1803 rend aux cantons une large part de leurs compétences. Le Congrès de Vienne de 1815 fixe pour l'essentiel les frontières actuelles et reconnaît la neutralité perpétuelle de la Suisse, principe qui oriente depuis lors sa politique étrangère.
Naissance de l'État fédéral
La guerre du Sonderbund, brève confrontation de 1847 entre cantons catholiques conservateurs et cantons radicaux, débouche sur la Constitution fédérale de 1848. Celle-ci crée un État fédéral doté d'un parlement bicaméral, d'une monnaie et d'une poste uniques, tout en laissant aux cantons l'école, la police, la santé et une large autonomie fiscale. La révision de 1874 étend les compétences de la Confédération et introduit le référendum facultatif. L'initiative populaire suit en 1891. Cette architecture, refondue dans la Constitution de 1999, reste celle du pays aujourd'hui.
Industrialisation et chemins de fer
Le nouvel État fédéral accompagne une industrialisation rapide, portée par le textile de Suisse orientale, l'horlogerie de l'Arc jurassien et la chimie bâloise. Le percement du Gothard, ouvert au trafic ferroviaire en 1882, place le pays au centre des échanges nord-sud et transforme des vallées entières. Le tourisme alpin, inventé par les Britanniques dans la seconde moitié du XIXe siècle, devient une ressource majeure pour les régions de montagne et fixe l'image internationale de la Suisse.
Vocation humanitaire et guerres mondiales
La fondation à Genève, en 1863, du Comité international de la Croix-Rouge par Henry Dunant et quelques autres citoyens genevois donne à la Suisse une vocation humanitaire durable. La première Convention de Genève est adoptée l'année suivante. Le pays traverse les deux guerres mondiales sans y prendre part, au prix d'une mobilisation permanente et de compromis économiques que l'historiographie contemporaine examine sans complaisance.
Suisse contemporaine
Le droit de vote des femmes n'est accordé au niveau fédéral qu'en 1971. Appenzell Rhodes-Intérieures, dernier canton à s'y opposer, y est contraint par le Tribunal fédéral en 1990, illustration éclatante du partage des compétences entre la Confédération et les cantons. Le canton du Jura naît en 1979 d'une longue querelle avec Berne. La Suisse rejoint l'Organisation des Nations unies en 2002, après un premier refus populaire en 1986, et entretient avec l'Union européenne une relation faite d'accords sectoriels plutôt que d'adhésion.