La langue suisse
Le titre de langue suisse relève d'un raccourci trompeur, car aucune langue unique ne recouvre le pays. La Confédération reconnaît quatre langues nationales et organise sa vie publique autour d'un plurilinguisme institutionnel qui distingue nettement les compétences fédérales des compétences cantonales.
Quatre langues nationales
L'allemand, le français, l'italien et le romanche possèdent le statut de langues nationales. En 2022, l'allemand était la langue principale de 61,8 % de la population, le français de 22,8 %, l'italien de 7,8 % et le romanche de 0,5 %. Les trois premières sont langues officielles de la Confédération, ce qui implique la publication des lois, des débats parlementaires et des documents administratifs dans ces trois versions.
Statut particulier du romanche
Le romanche est langue nationale depuis 1938 et langue officielle partielle. La Constitution ne l'emploie que dans les rapports que la Confédération entretient avec les personnes de langue romanche. Son usage se concentre dans le canton des Grisons, où il coexiste avec l'allemand et l'italien. Ses idiomes régionaux ont donné lieu à une langue écrite unifiée, le rumantsch grischun, dont l'adoption reste discutée dans les vallées.
Dialectes alémaniques
En Suisse alémanique, la conversation ordinaire se déroule en dialecte suisse allemand, tandis que l'allemand standard sert à l'écrit, à l'école et dans une partie des médias. Cette répartition déroute souvent les germanophones étrangers, qui comprennent la langue écrite sans saisir les échanges quotidiens. Les dialectes varient sensiblement d'une vallée à l'autre et sont revendiqués comme un marqueur identitaire fort.
Cantons plurilingues
Les cantons fixent eux-mêmes leur langue officielle, ce qui explique la netteté des frontières linguistiques internes. Berne, Fribourg et le Valais pratiquent le bilinguisme allemand et français, les Grisons le trilinguisme allemand, italien et romanche. Bienne et Fribourg comptent parmi les villes où deux langues cohabitent dans l'administration, la signalétique et l'école.
Apprentissage et vie professionnelle
L'enseignement des langues relève des cantons, qui décident de l'ordre dans lequel une deuxième langue nationale et l'anglais sont introduits à l'école obligatoire. Ce choix nourrit des débats récurrents entre régions. Dans les entreprises actives sur l'ensemble du territoire, l'anglais s'impose fréquemment comme langue de travail commune, sans effacer l'attachement de chaque région à sa propre langue.