La littérature suisse

La Suisse n'a pas une littérature mais plusieurs, écrites dans les quatre langues nationales et tournées chacune vers l'aire culturelle voisine. Cette dispersion explique qu'un auteur bâlois et un auteur vaudois se lisent parfois moins l'un l'autre qu'ils ne lisent Berlin ou Paris.

Fondations en langue française

Jean-Jacques Rousseau, né à Genève en 1712 et mort en 1778, demeure la figure tutélaire des lettres romandes. Ses écrits politiques et autobiographiques ont marqué la pensée européenne bien au-delà de la Suisse. Au XIXe siècle, le Genevois Henri-Frédéric Amiel tient un journal intime devenu un classique de l'introspection. Charles-Ferdinand Ramuz, Vaudois né en 1878 et mort en 1947, invente une langue rugueuse pour dire la montagne, le lac et les communautés paysannes, notamment dans les Cahiers vaudois où paraît son manifeste Raison d'être en 1914.

Voix alémaniques

Jeremias Gotthelf, pasteur bernois du XIXe siècle, ancre son œuvre dans la vie rurale. Gottfried Keller donne avec Les gens de Seldwyla et Henri le Vert deux sommets du roman de formation en langue allemande. Après 1945, Max Frisch, né en 1911 et mort en 1991, et Friedrich Dürrenmatt, né en 1921 et mort en 1990, imposent une littérature critique qui interroge l'identité, la culpabilité et le confort helvétique. Leurs pièces et leurs romans figurent parmi les plus joués et les plus traduits du pays.

Distinctions internationales

Carl Spitteler reçoit le prix Nobel de littérature en 1919, le premier attribué à un écrivain suisse. Hermann Hesse, naturalisé suisse en 1923, obtient la même distinction en 1946. Jacques Chessex remporte le prix Goncourt en 1973 pour L'Ogre, seul écrivain suisse récompensé par ce prix.

Récits de voyage et modernité

Blaise Cendrars, né à La Chaux-de-Fonds, mêle poésie et vagabondage dans une œuvre écrite en français depuis Paris. Nicolas Bouvier, mort en 1998, fait de L'Usage du monde un modèle du récit de voyage contemporain. Johanna Spyri, avec Heidi paru au début des années 1880, offre au pays son personnage le plus universellement connu.

Expressions italienne et romanche

Le Tessin et les vallées italophones des Grisons entretiennent une production en italien longtemps dominée par la poésie. La littérature romanche, portée par un lectorat restreint, bénéficie d'un soutien public de la Confédération et du canton des Grisons, condition de sa survie éditoriale.